Agence VU’ – Vanessa Winship

Il y a deux semaines j’ai passé une tête dans les nouveaux locaux de la galerie et agence VU’ à deux pas de la gare Saint-Lazare (au  58 rue Saint Lazare) dans l’ancien hôtel particulier de Paul Delaroche.

Au programme, Vanessa Winship pour une exposition baptisée « Not Only Rare Birds Sing ». A part le titre de l’exposition (et quelques « paysages »), cela valait vraiment le coup. Il faut dire aussi que je suis fan de Vanessa Winship que j’avais découverte à Arles (billet ici) et revue chez Polka (billet ici).

On y retrouve ses portraits d’écolières sérieuses en noir et blanc (sweet nothings), ses riverains de la mer noire mais aussi quantité de portraits aussi divers que variés de ces populations à mi-chemin de l’Asie et de l’Europe. Je n’avais jamais vu autant d’œuvres de cette photographes dont certaines en couleurs, et le lieu d’exposition constitué de petites pièces se prête bien à la présentation d’une multitude de séries.

Une exposition enthousiasmante avec des portraits saisissants, beaucoup de fierté et de retenue. Il est à noter que les prix ne sont pas (encore) exorbitants puisqu’ils s’échelonnent de 1400 à 4000 euros environ.

C’était jusqu’au 19 mars donc trop tard mais il reste les livres et son site web, fort bien fait qui donne un idée de l’exposition.

Polka galerie – Eté 2008

La galerie Polka est située au fond d’une impasse pavée calme et verdoyante (l’allée du figuier) fermée à la circulation, qui donne au 104 rue Oberkampf (M° Parmentier) à Paris. J’ai entendu parler de Polka aux Rencontres d’Arles et après avoir parcouru le site web (ici), je suis allé voir ce que valait l’exposition le samedi précédant la fin de celle-ci (mardi 30 septembre).  Dans un coin, on pouvait voir un dialogue Israël – Palestine entre le travail de Abir Sultan, de Tel Aviv (son site: ) et de Hatem Moussa, de Gaza,  centré sur la plage avec force voiles, AK47, barbes et drapeaux. Des images un peu surréalistes pour un occidental que ces plages ensoleillées avec hommes en armes et baigneuses en robes. Les cartels étaient très détaillés, comme pour la plupart des autres travaux d’actualité ce qui facilite la lecture des images et maintient l’intérêt. Moi qui suis habituellement contre l’exposition de photo de presse, j’ai été agréablement surpris par cette combinaison des textes et des images. Je découvre d’ailleurs, a posteriori, en préparant ce billet, que c’était justement l’objectif recherché (voir , par exemple).

Il faut dire, arrivé à ce stade, que Polka est un site web, une galerie et un magazine (naissant : 2ème numéro) dont le patron n’est autre que Alain Genestar, ancien directeur de la rédaction de Paris Match. Ses enfants, Adélie et Édouard, participent à cette nouvelle aventure ; ce dernier était d’ailleurs présent, ce jour là, à la galerie. David Alan Harvey (son site: ici) nous montrait des tirages aux couleurs très saturées de ses photos de « chevaux du nouveau monde » ainsi qu’un cheval sous la neige à New-York, en noir et blanc. Il me semble qu’il a bien compris son sujet, tout comme Alfons Alt à Arles et contrairement à Klein à la MEP (mon billet là-dessus) ce qui démontre une fois de plus les multiples possibilités offertes par un sujet. Gilles Caron et Don McCullin étaient représentés par de petites photos en noir et blanc, de stars et du Biaffra (c’est un peu le grand écart). On pouvait voir une photo célèbre de Cohn-Bendit en mai 68 par Caron reproduite ci-dessous.

J’adhère moins, pour ma part, aux photos de presse anciennes et je ne voue aucune dévotion aux stars actuelles ou passées. Dans le même genre, on voyait des photos de Rizzo dans les années 50 avec Monroe, Bardot ou La Callas. Bof. Je termine avec les photographies qui m’ont paru les plus parlantes. Il faut avouer que ce fut un choc de voir le travail de James Nachtwey. Le rapprochement avec le travail de Paolo Pellegrin est tentant (vu à Arles, voir mon billet ici). Les formats sont moins grands, moins « graphiques » aussi et il n’y a pas « d’effets visuels » : du coup, c’est particulièrement brut pour ne pas dire brutal. Les légendes détaillées qui manquaient à Arles sont ici précieuses. Maladie, drogue, misère : on est pas loin de l’horreur du réel. Les photos sont bien entendu sans retouche, avec les bords du négatif bien visibles. James est une pointure dans son domaine et il a été récompensé par le TED Price (la vidéo de son discours de plus de 20 minutes où il commente son travail et ce qui l’anime est ici – en anglais). Eric Valli nous montre des visages plus souriants et des paysages extraordinaires, dans l’Himalaya. Ses portraits intimistes, comme ses tirages Diasec géants de photos de yaks ou d’un pont suspendu presque abstrait au-dessus des eaux vertes sont bluffants. Cette dernière fait la couverture de son livre (« Le ciel sera mon toit », chez Gallimard) mais ne elle rend pas grâce à la prise de vue. Son site web est ici (attention, il y a une musique de fond). Enfin, le meilleur pour la fin avec Vanessa Winship, déjà vue à Arles (mon billet ici) mais avec d’autres images.  Ici, il ne s’agit plus d’écolières mais de simples riverains de la mer Noire vaquant à leurs occupations.  Il s’en dégage souvent un fort sentiment d’attente. J’aime bien celle, ci-dessous, de cette jeune femme russe, habillée pour sortir dirait-on, prise dans la station balnéaire de Tuapse (Russie) et extraite du site web de Vanessa ().

Autant vous dire que j’ai été enthousiasmé par cette visite, la qualité des photos et la nature de la présentation.

Rencontres de la photographie d’Arles – Atelier de maintenance

Dernière ligne droite pour cette série d’articles sur les rencontres d’Arles. Il faut se dépêcher car tout, ou presque, s’arrête aujourd’hui, 14 septembre.

Nous allons quitter le centre d’Arles, provisoirement, pour rejoindre une friche industrielle  : les anciens ateliers de la SNCF ( » le parc des ateliers« ). On peut facilement y aller à pied depuis le centre d’Arles, en plus c’est bien indiqué. Le site est vaste et occupé par plusieurs hangars (certains disant « halles » pour faire classieux), posés au milieu d’herbes (forcément folles) sur un gravier ornés de vestiges divers de l’activité ancienne du site.

Le premier hangar à visiter est l’Atelier de maintenance. Ce qu’on y voit est de qualité et il y a de la masse, c’est du lourd.

Tim Walker est un photographe de mode et les œuvres présentées sont en nombre considérable. Les qualités plastiques des photographies égalent celles des modèles. Adepte de photographies sans trucages numériques, vous pourrez repérer dans son travail des fils qui traînent, remarquer que le grand poisson dans une photo est lui même une photo ou vous extasiez devant les voitures habillées de tricot (a priori, on aurait dit les fameux pull d’Aran).

Vous pourrez voir « Iekeliene » pour Vogue Italie (il s’agit de Iekeliene Stange, chez Marilyn Agency),  « Lily Cole and giant pearls », Lily Cole « wadhwan gujar – India », Karen Elson « english sunbathing », Coco Rocha « surreal story », Kirsty Hume and Trish Goff « someraults ». A priori ce sont des travaux de commande, souvent pour Vogue, mais ce n’est pas toujours indiqué. Les tirages couleur sont souvent de grand format sans être monumentaux, d’un style toujours si « anglais », un peu « Alice au pays des merveilles », aux couleurs pastels.

Son agent présente une part significative de son travail. Je reproduis la photo la plus parue dans la presse à l’occasion des Rencontres, « LiLy Cole and giant pearls ».

Dans la salle suivante, on trouve Charles Fréger. Ce n’est pas le même genre, c’est sensiblement moins glamour.

Fréger poursuit avec méthode un travail d’importantes séries sur les « groupes » (majorettes, soldats, sportifs, travailleurs, etc) repérables par leur habillement. Son site web est remarquable par la couverture de son travail : on a l’impression que rien ne manque dans cet ordonnancement méthodique.

Les séries présentées sont des soldats, hélas les légendes sont absentes, ce qui est lamentable à l’heure des audio-guides, mp3 et autres (un pauvre cahier est néanmoins disponible à l’entrée).

Les formats sont géants contrairement à ce que j’avais vu en Belgique à l’espace ING et, plus récemment, à la Galerie Le bleu du Ciel à Lyon.

L’accrochage est intelligent et combine divers de séries : même tenue avec le soldat qui change, même corps et même fonds avec le grade qui change , série équestre, visages casqués de profil, etc.

Je vais juste vous faire saliver avec la couverture d’un de ses ouvrages (« Portraits photographiques et uniformes »), pour le reste, aller voir. Si vous ratez l’exposition, vous pouvez le voir en galerie.

Avec Vanessa Winship, on reste dans l’uniforme mais porté cette fois par des écolières. La dignité de ces enfants pauvres et leurs regards sont éloquents. J’avais déjà vu ce travail sur le site web de la galerie qui la représente et je n’avais pas réagi. Peut-être aussi n’avais-je pas vu la série présentée (Sweet Nothings: Rural Schoolgirls from the Borderlands of Eastern Anatolia) que l’on trouve sur son site. Il faut bien avouer que, « en vrai » le résultat produit est spectaculaire et ce d’autant que les tirages sont présentés sans la protection d’un verre et ne sont donc pas défigurés par les reflets.

Françoise Huguier présente Komunalka. Selon le guide, qui avait rencontré Huguier, 10% de la population de Saint-Pétersbourg vivrait à l’étroit dans ces appartements communautaires, puisqu’il s’agit de cela dans son reportage (elle travaille pour Rapho). Il s’agit surtout de femmes seules avec enfants et depuis peu les logements peuvent être achetés (ils avaient été collectivisés en 1918). Disons le tout de suite, ce travail m’a déplu. Le misérabilisme m’agace et montrer des filles russes pauvres et à poil me semble plus que facile : le guide prétend que c’était le souhait de Natacha, principale protagoniste que de se dénuder. Combien a-t-elle gagnée dans l’affaire ? D’après notre guide, toujours, Huguier a des visées « plastiques » au-delà du photoreportage. Bien. C’est peut-être pour cela qu’il y a des filles à poil, peut-être que ça fait vendre en galerie. Ce travail aurait gagné à rester dans un magazine accompagné de commentaires et d’un texte abondant car présenté ainsi, sur les murs, on ne voit pas vraiment le propos. C’est un bon photoreportage qui aurait en rester là.

On pourra toutefois souligner que la scénographie a été soignée puisque l’expo se déroule dans des « pièces » qui reconstituent un appartement, un bel effort que je n’ai pas vu ailleurs, me semble-t-il, aux Rencontres.

Jean-Christian Bourcart nous montre des photos de mariages. La présentation ne dit pas s’il en est l’auteur. Quoi qu’il en soit, voilà une exposition qui n’aura pas coûté cher : le recyclage de photos de mariés ridicules ne m’a pas du tout séduit comme vous l’aurez compris. Décidément le mariage est bien mal traité à Arles (on se souvient des photos de mariage d’arlésiens exposées au Palais de l’Archevêché). Je ne nie pas avoir esquissé un sourire en lisant « c’est toute des putes » (sic) gravé sur un banc où se trouvent deux mariés, mais bon, c’est un peu les blagues à toto cette exposition.

En contrepoint, c’est le moindre qu’on puisse dire, on passe de la farce à la tragédie avec Achinto Badhra. Elle nous montre à voir la projection de photos de jeunes filles (pour ne pas dire d’enfants) qui se sont déguisées pour « exorciser leurs peurs » (c’est un peu éculé, désolé). Ces gamines ont été victimes de la drogue, de viols, d’abandon, etc. le sujet est terrible et j’ai toujours un mouvement de recul sur des thèmes pareils. D’une manière générale, la photo de reportage ne m’intéresse guère, surtout quand on cherche à faire sensation, et même pour une bonne cause. Comme pour Huguier, la représentation du travail aurait du rester dans la presse mais, au-delà de Huguier, le travail de Badhra repose sur une véritable action menée avec la Fondation Terre des Hommes, c’est ce qui fait toute la différence entre un engagement et un simple témoignage.

Au final, ce que je retiens, c’est Fréger, Winship et Walker.